La "dysphasie" ou Trouble Spécifique du Langage Oral

La dysphasie est un Trouble Spécifique et durable du Langage oral (TSL) chez des enfants normalement intelligents et n'ayant pas de difficultés autres expliquant leur problème de communication. Ce trouble touche la parole et l'écriture et peut affecter l'expression et/ou la compréhension, et ceci sans trouble auditif, intellectuel, physiologique, cérébral, affectif ou éducatif.

Selon Gérard (1991), la dysphasie se définit par l'existence d'un déficit durable des performances verbales, significatives en regard des normes établies pour l'âge.

Cette condition n'est pas liée:

  • à un déficit auditif
  • à une malformation des organes phonatoires
  • à une insuffisance intellectuelle
  • à une lésion cérébrale acquise pendant l'enfance
  • à un trouble envahissant du développement
  • à une carence grave affective ou éducative.

Comment se manifeste la dysphasie?

Le jeune "dysphasique" a du mal à communiquer normalement avec son entourage et à réaliser les activités liées à son âge. La sévérité du trouble varie d'un enfant à l'autre et peut aller d'une simple gêne articulatoire à une inintelligibilité totale. Le trouble est permanent et a des conséquences importantes sur la construction correcte d'une vie affective, familiale, sociale et scolaire. L'évolution du trouble est très différente d'un individu à un autre en fonction du degré de sévérité, de ses forces et de ses faiblesses, de ses capacités intellectuelles et des stimuli reçus.

Ces enfants sont, malgré ces difficultés, d'une intelligence normale et le plus souvent très désireux de communiquer.

Ce trouble peut être associé à d'autres:

  • trouble de l'acquisition de la coordination
  • déficit d'attention avec ou sans hyperactivité
  • trouble spécifique du langage écrit (dyslexie)
  • trouble du raisonnement logicomathématique.

Les troubles de l'apprentissage:

L'enfant dysphasique rencontre des difficultés dans les apprentissages scolaires. Elles sont ici répertoriées, mais ne présentent pas une liste exhaustive.

  • difficulté d'attention, de concentration: attention sélective, peine à se concentrer sur les éléments importants d'une tâche, se laisse facilement distraire par les bruits extérieurs, durée d'attention trop courte
  • variation dans la performance: performances et contre-performances varient d'un jour sur l'autre
  • en lecture, des difficultés d'apprentissage ressortent de façon importante et persistante: difficulté de décodage, compréhension affectée par un vocabulaire restreint, difficulté avec les structures de phrases complexes au niveau du sens et de la syntaxe, difficulté à situer l'ordre temporel dans un texte
  • à l'oral, l'enfant connaît des troubles de la parole: il a du mal à articuler, la fluidité de la voix est altérée. On assiste parfois à des bégaiements, des bredouillements, la voix est nasillarde. L'intonation peut varier, trop ou pas assez. Enfin, l'enfant peut présenter des troubles dans l'évocation des mots, ce qui se traduit par des moments de latence associés à des confusions sémantiques et/ou lexicales
  • à l'écrit, les problèmes moteurs peuvent interférer sur le graphisme, (choix des mots limités, structure de phrases simples)
  • en mathématiques, difficulté à généraliser et à employer les concepts qui renvoient à des définitions spécifiques. Des termes appartenant à la même catégorie "sémantique" vont être confondus, l'enfant présentant des troubles de l'évocation éprouvera de grandes difficultés à employer et à manipuler spntanément le langage s'y référant: (ex: en géométrie, le "centre" est un concept qui ne peut être supplée par le "milieu", alors qu'ils ont tous les deux le même sens, l'un étant attaché au cercle, l'autre au segment). La compréhension et la résolution de problèmes renvoient à de multiples capacités pour accomplir une performance: compréhension du langage écrit, anticipation et programmation dans le choix de l'opération, exécution des opérations, élaboration de la phrase réponse).

Est-ce un trouble rare ou exceptionnel?

Il s'agit surtout d'une pathologie méconnue dont les symptômes sont banalisés (on pense que l'enfant n'est pas motivé, ne s'applique pas), ou interprétés à tort dans un autre cadre (par exemple dans le cadre de la déficience mentale ou de troubles du comportement, de nature psychoaffectif). Il n'est pas rare que l'enfant, confronté à des échecs qu'il ne comprend pas et auxquels il ne peut rien, se décourage peu à peu ou manifeste sa souffrance en classe par des comportements traduisant son refus scolaire.

Est-ce un handicap?

Le Trouble Spécifique du Langage Oral (TSL), s'il est sévère, peut constituer un réel handicap reconnu:

  • déclaration à la MDPH pour la mise en place d'un "PPS": Projet Personnalisé de Scolarisation.
  • rédaction d'un "PAI": Projet d'Accueil Individualisé, dispositif interne à l'établissement scolaire où est accueilli l'enfant.
  • "PPRE": Programme Personnalisé de Réussite Educative, dispositif purement pédagogique mis en place par l'équipe éducative où est scolarisé l'enfant.
  • etc...

La reconnaissance de ce handicap permettra qu'à l'avenir, ces troubles soient mieux pris en compte, mieux connus, et donc plus porteurs de réussite scolaire.

Le traitement?

On peut accompagner l'enfant dans ses apprentissages par la prescription de rééducations spécialisées (orthophoniste, psychomotricien s'il souffre de Trouble de l'Acquisition de la Coordination "dyspraxie", orthoptiste, etc...). Simultanément, on peut limiter les difficultés scolaires par la mise en place d'adaptations particulières et/ou le recours à des aides techniques, (l'ordinateur par exemple, qui nécessite néanmoins deux ans d'apprentissage pour une utilisation optimum). L'efficacité des moyens mis en oeuvre dépend de la précocité du diagnostic et de la bonne coordination entre les divers intervenants (rééducateurs, pédagogues, parents). Ceci garantissant dans la durée, tout au long de la scolarité, une cohérence des aides proposées.

Comment pallier le défaut d'autonomie scolaire induit par le "TSL" oral accompagné de troubles associés?

- Adapter autant que possible notre communication et notre langage
  • parler plus lentement
  • soigner la prononciation en insistant sur l'articulation des phonèmes (sourdes/sonores et plus complexes pr/dr/cr/gr/ etc...)
  • être plus expressif
  • répéter voir reformuler
  • développer la communication non verbale
  • apprendre à utiliser des "faciliteurs d'évocation"
  • apprendre à utiliser les stratégies réparatrices les plus efficaces quand l'échange est interrompu
  • avoir une attitude positive et encourageante.

- L'écriture manuelle doit être limitée autant que possible s'il existe un Trouble de l'Acquisition de la Coordination (par exemple "exercices à trous"). Il faut tolérer un graphisme malhabile et agrandi, à condition qu'il soit lisible: la relecture par l'enfant lui-même doit être aisée.

- Fournir à l'enfant, chaque fois que c'est possible, des photocopies avec une police d'écriture agrandie.